Lafleur En farfouillant dans mes vieilleries, je suis retombé par hasard sur ce petit livret d’une douzaine de pages acheté sur eBay, magasin qui alimente éternellement et infatigablement le grenier à « cochonneries » souvenirs que je lèguerai à mes enfants (et qu'ils mettront illico à la benne garderont religieusement !).

En couverture, Lafleur trône sur fond de Marie Sans Chemise (je vous parlerai de celle-là un autre jour). Lafleur c’est l’image quasi vivante de la Picardie. Bien que marionnette de bois et de ficelle, à l’image de Guignol, Lafleur amuse petits et grands depuis des siècles. Je me souviens particulièrement d’une représentation au théatre de « Chés cabotans » (1) à laquelle j’ai assisté alors que je n’avais que sept ou huit ans. Nous rendions alors encore de nombreuses visites à notre famille lointaine de la campagne profonde et le picard était compréhensible à mes oreilles d’enfant.

Lafleur c’est la gouaille, le rire, la joie de vivre. Et même dans les moments les plus difficiles, quand « chés cadoreux » (2) sont à ses trousses, il étonne toujours Tchot Blaise (3), son compagnon : « J’ai assies braie ein arrivant au mone, éj’ pux bien rire ein molé ein m’ein allaint (chi j’ doés moérir d’èch’ coeup-lo !) » (4)

Il faut ici rendre hommage à ceux, qui de génération en génération, savent prolonger la magie de cette tradition qui a fait rire et fait encore rire les fervents admirateurs de Lafleur, menteur, buveur et mangeur impénitent, batailleur, éternel reflet du picard qui s’amuse de la devise de la marionnette : « Bien boere, bien matcher, pis n’rien foere » (5)

(1) Les cabotins
(2) Les gendarmes
(3) Petit Blaise
(4) J’ai assez pleuré en arrivant au monde, je peux bien rire un peu en m’en allant (si je dois mourir de ce coup-là)
(5) Bien boire, bien manger, et puis ne rien faire