« Votre fiancée d’été a les cheveux épais et pain d’épice. Les cuisses fermes et des seins au goût de myrtille au bout. Votre fiancée d’été a des robes de coton indien qui s’ouvrent sur des odeurs de fruit frais et ses yeux ont le vert des prairies à midi. Elle parle haut et crécelle quand elle rit. Et quand elle se tait, son silence encore frémit, frémit… Sa peau transpire la moisson si elle aime et vous la provoquez ; sur ses hanches, vous cueillez des épis à bout de bouche qui griffonnent vos lèvres. Avec elle, vous dansez. Avec elle, vous êtes ceux des courses de lièvres, vous arpentez les bosquets et humez l’écume de la rivière jusque sous ses seins et l’amour (l’amour !) entre dans vos narines, descend au ventre pour s’y nouer et s’y dénouer en bouquets… »
Anne-Lise Grobéty (1984)

Auteure (je sais, Word, c’est une faute, fais pas ….) inconnue du grand public français, dont Françoise Giroud disait « …Quelle sottise que les frontières, celles qui ont laissé les lecteurs français ignorants d’Anne-Lise Grobéty… ».

Pourtant moi j’adore depuis que je l’ai découverte par hasard. Ou plutôt qu’un de ses livres m’a attiré dans ses parages assez fort pour que je me décide à l’acheter. Parce que je choisis mes livres comme ça. Ou plutôt ils me choisissent. Ce sont eux qui m’attirent, qui me chuchotent leurs mots assez fort pour que je les ouvre, en lise une page ou deux, les tourne et les retourne, les caresse et en palpe le grain du papier, en dévore les caractères ou évalue les paragraphes.

Et puis il y en un ou deux qui finissent par sortir du lot. Peut-être ont-ils été plus racoleurs… ou plus séduisants… ou plus… je ne sais pas, mais ils sont miens maintenant. Ils m’ont capturé et je leur appartiens plus qu’ils ne m’appartiennent. Ils savent, ceux-là, que je les garderai toujours comme on reste toujours avec celle qu’on a choisie et qui vous a choisi.