Carnet de vie

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mercredi 16 mai 2007

J+10

De mon troisième aller/retour sur Paris depuis l’incendie, je ramène de Thiais des photos de l’entrepôt, ou plutôt de ce qu’il en reste. Peut-être une façon d’exorciser ces images qui reviennent dans l’inconscient, souvent la nuit, sans que je puisse m’en débarrasser. Et j’imagine que je ne suis pas le seul.

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Le PC de campagne est toujours aussi actif et tout le monde est prêt à redémarrer. La seule question importante aujourd’hui est la date de disponibilité d’un nouvel entrepôt.

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J’avais évoqué dans un précédent billet l’implication des chargés de clientèle au lendemain de l’incendie. En fait tout le monde a eu l’occasion de montrer ses capacités à rebondir au lendemain de cette tragédie (y compris F. et P. qui n'ont pas hésité un instant à rebondir sur la boite de chocolat !). Il faut tout de même souligner le travail de V. (chacun la reconnaîtra...). Elle est un peu parano (c’est pas moi qui le dit, mais elle !), alors ses petits pense-bêtes, ses mails conservés depuis la nuit des temps, ses post-it dans tous les coins, ses bibles, tout ça est parti en fumée. Le lundi matin, il ne lui restait quasiment rien. Sauf sa tête bien pleine et sa mémoire, moins volatile que celle d’un ordinateur. Elle a été une présence de chaque instant, discrète comme toujours, mais bien réelle et si efficace pour mettre en place un « QG » qui permette d’être opérationnel très rapidement.

Une perle, ça ne brûle pas !

mardi 8 mai 2007

Drôle de début mai !


Le week-end, avec le pont, était réservé pour refaire la chambre d’Adrien. Quatre jours idéals pour détapisser, repeindre le plafond et les boiseries et finalement tapisser. Le sort en avait décidé autrement.

Dimanche soir, 20h., une mauvaise nouvelle, mais passons…
Dimanche soir, 21h., B. le patron d’une boite qui est mon plus gros client m’appelle. Il m’annonce que la société a brûlé. Entièrement et pas pour rire, plus d’entrepôt, plus de matériels, plus de bureaux, ni d’archives, plus rien.

L’incendie s’est déclaré vers 19h, probablement (à prouver) criminel. Les pompiers ont vite été sur les lieux, mais ils ont attendu l’eau pendant presque une heure. Ben oui, à Thiais, les bornes à incendie n’ont pas d’eau pour éviter que les « gens du voyage » (pour parler poliment) ne s’installent. Un conseil : n’habitez pas à Thiais : si votre maison brûle, vous êtes assurés d’y rester.

J’ai dit à B. que j’étais à sa disposition s’il avait besoin d’aide. Vers 22h, il me rappelle pour me demander de venir. La chambre d’Adrien restera en chantier le temps qu’il faudra….



d'après photo du journal "Le Parisien"
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Je suis arrivé lundi vers 9h. Les premières personnes que j’ai vues, c’était les chargées de clientèle ; des femmes pour qui cette société représentait une part importante de leur vie et qui y sont (et que je connais) depuis près de 15 ans pour les plus anciennes. Elles étaient en état de choc. Il y avait une grande émotion, très perceptible. Des interrogations aussi sur l'avenir. Parfois l’informaticien se transforme en cellule psychologique, ça fait partie du métier. Il faut trouver les bons mots et ce n'est pas forcément simple.

Ensuite je suis allé voir B. et je suis entré dans l’entrepôt. Il y avait encore beaucoup de fumée et les pompiers étaient encore à l’œuvre (150 pompiers et 50 véhicules depuis la veille au soir !). C’était très impressionnant. Le bâtiment était détruit à 80%, des poutres énormes pliées sous la chaleur, la dalle en béton effondrée, les bacs en plastique des verres tellement fondus qu’ils en étaient méconnaissable,… Une toute petite partie n’a pas été touchée. C’est de là que nous tirerons (dans le noir, la suie et 3 cm d’eau) quelques PC encore intacts, bien que très noirs. Nous essayons de récupérer un maximum pour remettre en place un petit réseau de 5 postes dans des locaux prêtés par les voisins. Sous les décombres nous retrouvons le serveur. La façade en plastique a fondu sous la chaleur, mais en le démontant on trouve les disques en assez bon état pour tenter de les relire. Et ça marche ! Tout le monde pousse un soupir de soulagement. De ce côté là, il n’y a rien de perdu. Et quand on sait que l’informatique est maintenant omniprésent dans une société, c’est une bonne nouvelle.
Dans les locaux prêtés, la salle ressemble à un QG (de campagne ?) : des tables, quelques PC, un seul téléphone sur lequel on a fait transférer le numéro par FT. Les filles peuvent reprendre en main les dossiers en cours, assurer l’urgence, ne pas planter leurs clients, faire le maximum pour assurer.

Ceci n’est qu’une petite partie de ce qu’il a fallu faire pendant ces deux jours, entre les assurances, les experts, les pompiers, la police, les salariés à gérer et une multitude d’autres choses. Tout le monde a mis la main à la pâte.

Aujourd’hui, Mardi 8 mai, férié (en principe). Je viens de rentrer. Encore quelques documents urgents à faire pour les assurances. C’est presque la fin d’un week-end dont je me souviendrai longtemps (et pas à cause des élections).

Il reste, le meilleur sûrement, ce que j’ai vu ou entendu : la compréhension, le soutien et la sympathie de la plupart des clients de cette société ; l’implication des salariés de la société, chacun dans leur domaine, coup de chapeau ! ; la volonté de B. de remonter la société le plus vite possible (et c’est un travail énorme) et aussi sa volonté de ne pas laisser tomber les 120/150 salariés (ce qui aurait été le plus facile, mais tous les patrons ne sont pas des ….) ; la gentillesse des voisins qui ont tout de suite prêté une grande salle et un entrepôt, qui ont été là pour aider à remonter l’informatique, qui ont prêté leurs propres PC pour avoir des accès Internet ou pour relever les mails urgents. C'est dans ces occasions malheureuses qu'on voit la vraie solidarité. Tout cela fait chaud au cœur (sans jeu de mot) et permet d’oublier que les dégâts auraient été très faibles s’il y avait eu de l’eau aux bornes à incendie.