Carnet de vie

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mercredi 30 avril 2008

La plus belle du monde !

Je vous l'avais promis. La voici un peu plus en détail. La cathédrale d'Amiens, qui est sans aucun doute la plus... la plus tout de France et la plus belle du monde pour moi. Et ce n'est pas du chauvinisme, mais un avis qui se conforte en moi à chaque fois que j'y retourne. Il me suffit de la voir, imposante et en même temps ciselée, fine, élancée, pour que ça me fasse frissoner. Et ensuite quand j'y entre, quand j'en fais le tour, la tête en l'air, c'est encore plus impressionnant. C'est une beauté toujours nouvelle pour moi et un émerveillement pour tous ceux qui ont participé à sa conctruction. Avoir fait ça quand on sait les moyens qu'ils avaient, c'est pour moi fantastique.

Sans vouloir faire un catalogue, juste quelques chiffres à propos de cette grande dame, inscrite au patrimoine de l'UNESCO : C'est la plus vaste (200.000 m3), la plus haute voute (près de 43 m, seule celle de Beauvais est plus haute, mais inachevée), hauteur de la flèche : 113m. Pour le reste, rien ne vaut les images :


D'abord les extérieurs...


... et les extérieurs.


L'immensité de la nef quand on entre...


...et la beauté des vitraux coupent le souffle


Petit flash-back en 2003, quand la nuit vient tout le monde se réunit, s'assied sur le parvis, prêt à admirer...


...la rosace illuminée de l'intérieur


Mais le plus beau, c'est (prouesse technique) quand elle est colorée par les lumières...


... qui restituent la vision de la cathédrale telle que nos ancêtres du Moyen-Age l'ont connue.


Et pour terminer, je vous l'offre en chocolat !!!

PS : C'est dans cette magnifique batisse que j'ai été baptisé. C'est peut-être la raison de mon admiration.

lundi 28 avril 2008

Réderie (flashback)

Je savais bien que j’avais ça quelque part. Je n’ai pas mis longtemps à retrouver cette photo.



Octobre 1986. Nous avions encore la caravane que nous étions allés remiser à Louvrechy, dans la vieille grange. Ensuite nous sommes allés à la Réderie, conduit par F. dans sa « somptueuse » voiture d’époque (presque aussi vieille que la malle). Le seul problème, c’est qu’on n’avait pas prévu que la taille de la malle nous empêcherait de la mettre dans la deuch. On a donc enlevé la capote et on a essayé de caser ce machin. Mais ça ne rentrait pas non plus. Alors on est rentré à la maison avec la malle à moitié dedans à moitié dehors, en priant pour ne pas prendre une averse.

En prime je vous donne cette photo prise à Louvrechy. La mère et la fille se reconnaîtront. Ca ne nous rajeunit pas, hein !!!














dimanche 27 avril 2008

Réderie

Ca faisait un bout de temps qu’on avait envie d’y retourner.



La dernière fois que nous y sommes allés, c’était à l’automne 86. C’est pas hier. On y avait acheté une vieille malle canadienne, qui était dans un piteux état. J’ai passé des heures pour la restaurer, la redorer, refaire les courroies et les poignées en cuir. Maintenant elle ressemble à ça.

La réderie (braderie pour les ch’tis, brocante pour les français !) d’Amiens, c’est la plus grosse au nord de Paris, après celle de Lille qui est hors concours. Plus de 2000 exposants, plus de 50 rues sur 15000 m2, bref un événement qui attire les chineurs venus de loin deux fois par an.



Nous sommes donc partis de bon matin (8h30, faut pas exagérer !) et nous sommes arrivés vers 10h. Beau soleil, temps agréable. Après 2 heures de marche et quelques achats, nous avons déjeuné à Saint Leu en terrasse au bord de l’eau avec la cathédrale en toile de fond. Nous avons fait un petit détour pour rendre visite à cette chère cathédrale (la plus belle du monde, je vous en reparlerai).

J’ai déniché pour 50cts la Géographie de P. FONCIN de 1887, celle-là même qui servait à nos ancêtres pour préparer le certificat.
Des cartes en couleurs magnifiques que j’adore.






jeudi 24 avril 2008

ANZAC DAY

Journée doublement importante pour les Australiens. Alors demain j’aurai une pensée pour ces centaines de milliers d’Australiens qui sont morts chez nous pour la liberté.

Déjà en 1915, beaucoup d’Australiens ont donné leur vie en Turquie lors d’une importante bataille. c’était le 25 avril.
Pas découragés pour deux sous, ceux qui restaient sont venus jusque en Artois et dans la Somme.
Et c’est exactement 3 ans plus tard jour pour jour – c’est un hasard complet – les Australiens libèrent Villers-Bretonneux aux prix d’autres milliers de morts. C’est aujourd’hui le 90ème anniversaire de ce jour et, encore plus que les autres années, c’est une journée très forte pour des centaines d’Australiens qui font le déplacement à Villers-Bretonneux et pour tous les Picards qui les recevront plus que chaleureusement.

L’ANZAC day, c’est LA manifestation à ne pas rater quand on habite dans la région, et je ne peux pas m’empêcher de transcrire ici une partie du message de MF, généalogiste locale, qui donne bien la mesure de l’émotion de l’événement.

Les premières cérémonies auront lieu, demain, à 5h du matin.
Les principales se derouleront samedi matin.
Une classe du Collège de Villers est actuellement en Australie.

C'est très particulier comme cérémonie et émouvant lorsque les jeunes australiens chantent la marseillaise.
Nous avons des concerts d'écoles australiennes d'un très haut niveau musical.

Une particularité : les enfants d'une dizaine d'années portent les décorations de leurs grand parents.

Sur les murs de la nécropole de Villers-Bretonneux sont inscrits les noms des 220 000 australiens décédés sur les champs du bataille du nord de la France et de la Belgique, et dont les corps non retrouvés n'ont pu trouver une sépulture.

lundi 27 août 2007

Y

En rangeant des vieux papiers stockés depuis une éternité pour en parler un jour, je suis tombé sur cette page de journal (Courrier Picard du 15/07/2003). Puisque j’avais décidé d’en parler….



Il s’agit d’une photo aérienne de Y. En l’occurrence, ce n’est pas une abréviation, mais bien le nom entier le plus court pour une commune, qui se situe dans la Somme. Y compte une petite centaine d’habitants. On a failli les appeler les Yens, mais les habitantes se seraient alors appelées les Yènes, ce qui n’aurait pas manquer de faire jaser. Alors on a préféré les appeler les Upsiloniens, en référence à Upsilon (Y en grec).

Y est inscrit dans le livre des records et la plaque d’entrée du village est régulièrement dérobée par des collectionneurs peu scrupuleux. La célébrité de ce village lui a même valu un poème écrit par Jean Nohain (Jaboune, trente-six chandelles pour vous rafraichir la mémoire…).

mardi 14 août 2007

Miel in Picardie

En revenant de Larnagol, nous nous sommes arrêtés à Montdidier (Picardie) pour récolter le miel.

Quelques décennies en arrière, avant la guerre, mon arrière-grand-père Ernest dit Panesse exerçait déjà le passe-temps d’apiculteur. Il pose ici pour la postérité avec mon père (à l’extrême gauche, assis).



Les outils qu’il utilisait alors sont passés de génération en génération ; d’abord mon grand-père ; aujourd’hui mon père. Seule entorse à la modernité, le couteau à désoperculer électrique s’est vu adjoindre un transfo. Il faut dire qu’à l’époque on ne connaissait que le 110 V !

Ce fut l’occasion pour Tom et Antonin d’approcher de près le rucher, de voir les ruches ouvertes et d’entendre le bourdonnement des milliers d’abeilles à qui nous avons honteusement piqué le miel. Et pour continuer dans l’éducatif, on a eu le temps de faire tout le cycle d’extraction, filmé et photographié avec frénésie par Antonin.

Désoperculer les cadres, extraire le miel à la centrifugeuse (à main !), filtrer avec une infinie patience, attendre que le produit fini coule goutte à goutte. C’est avec plaisir que nous avons accompagné mon père dans la reproduction de gestes transmis de père en fils, gestes simples et tant de fois répétés pour à la fin un bonheur simple : le miel ! hmmm !


Le miel
envoyé par Jean-Louis

(photos par Antonin, film par Jean-Louis)

vendredi 29 juin 2007

Marie Sans Chemise

Je vous l’avais promis il y a quelques temps, alors voici l’histoire de Marie Sans Chemise :

En 1888, l’ancien maire d’Amiens, M. Dewailly décide de financer la construction d’une horloge. Il choisit la place Gambetta, proche de la gare pour y faire édifier cette horloge afin que les voyageurs ne ratent pas leur train.

Charles-Emile Riquier, architecte de son état, est chargé de la construction. Il se passionne également pour la ferronnerie d’art. Il exécute une colonne métallique dans le plus pur style rococo (aujourd’hui on dirait « kitch ») pour supporter cette grande horloge.

Quelques années plus tard, le sculpteur Albert Roze ajoute à la colonne une statue en bronze évoquant une déesse du printemps portant un rameau de pommier. Cette statue de femme quasiment nue provoquera un immense scandale. Tandis que les plus puritains s’offusquent, le peuple amiénois, usant facilement de la gaudriole, baptise la dame « Marie Sans Chemise ». Les amoureux s’embrassent sur son socle, tandis que les étudiants facétieux la vête d’une chemise (ou parfois d’habits plus sexy !) lors des bizutages.

Durant la seconde guerre mondiale, Marie Sans Chemise sera démontée et mise à l’abri. Seule la colonne restera debout après les bombardements ; elle sera ensuite retirée de la place et déposée dans un terrain vague où on perdra sa trace (pourtant c’était pas une petite colonne !).

Marie Sans Chemise sera ensuite remise en place, mais elle restera longtemps orpheline de sa colonne et de son horloge. C’est d’ailleurs comme ça que je l’ai connue (la statue, pas Marie !) quand j’étais jeune gamin.

Gilles de Robien, maire d’Amiens, en avait fait la promesse aux amiénois : à l’aube de l’an 2000, Marie Sans Chemise retrouvait une colonne et une horloge reconstruits à l’identique avec les plans qui avaient été conservés. Pour une fois qu’un homme politique tient une promesse, je me dois de le saluer ici.

Aujourd’hui Marie Sans Chemise est si connue que son nom est souvent attribué (à tort) à la place. Demandez la « Place Marie Sans Chemise » à un amiénois, il vous dira tout de suite où elle se trouve.



Je ne résiste pas à vous donner à voir cette photo en gros plan de la belle. Bellesahi qui fait de si belles photos me pardonnera j’espère.

vendredi 15 juin 2007

Not' Lafleur

Lafleur En farfouillant dans mes vieilleries, je suis retombé par hasard sur ce petit livret d’une douzaine de pages acheté sur eBay, magasin qui alimente éternellement et infatigablement le grenier à « cochonneries » souvenirs que je lèguerai à mes enfants (et qu'ils mettront illico à la benne garderont religieusement !).

En couverture, Lafleur trône sur fond de Marie Sans Chemise (je vous parlerai de celle-là un autre jour). Lafleur c’est l’image quasi vivante de la Picardie. Bien que marionnette de bois et de ficelle, à l’image de Guignol, Lafleur amuse petits et grands depuis des siècles. Je me souviens particulièrement d’une représentation au théatre de « Chés cabotans » (1) à laquelle j’ai assisté alors que je n’avais que sept ou huit ans. Nous rendions alors encore de nombreuses visites à notre famille lointaine de la campagne profonde et le picard était compréhensible à mes oreilles d’enfant.

Lafleur c’est la gouaille, le rire, la joie de vivre. Et même dans les moments les plus difficiles, quand « chés cadoreux » (2) sont à ses trousses, il étonne toujours Tchot Blaise (3), son compagnon : « J’ai assies braie ein arrivant au mone, éj’ pux bien rire ein molé ein m’ein allaint (chi j’ doés moérir d’èch’ coeup-lo !) » (4)

Il faut ici rendre hommage à ceux, qui de génération en génération, savent prolonger la magie de cette tradition qui a fait rire et fait encore rire les fervents admirateurs de Lafleur, menteur, buveur et mangeur impénitent, batailleur, éternel reflet du picard qui s’amuse de la devise de la marionnette : « Bien boere, bien matcher, pis n’rien foere » (5)

(1) Les cabotins
(2) Les gendarmes
(3) Petit Blaise
(4) J’ai assez pleuré en arrivant au monde, je peux bien rire un peu en m’en allant (si je dois mourir de ce coup-là)
(5) Bien boire, bien manger, et puis ne rien faire

lundi 14 mai 2007

La tour Perret


Quand j’étais tout petit, et même adolescent, je la trouvais moche. Elle était pour moi le symbole du tout béton tel qu’il se concevait dans les années 60 et je pensais que ce n’était pas à l’avantage d’une ville aussi belle qu’Amiens d’avoir une tour aussi laide dans son centre, juste en face de la gare.

Et puis, c’était aussi l’image d’un mauvais souvenir, puisque c’est là-haut que je me suis fait arraché une dent dans le cabinet d’un affreux tortionnaire alors que je n’étais qu’un enfant.

Avec l’âge on évolue…

Et un peu de chauvinisme ne fait pas de mal.

Alors cette tour, maintenant que je n’habite plus Amiens depuis des décennies, je la trouve plutôt élégante. Je l’ai (re)découverte en lisant un article dans une revue. Alors je vous la présente :

La tour Perret a été construite à partir de 1949 par l’architecte Auguste Perret. Elle est en béton, ce qui était révolutionnaire à l’époque, et elle fait partie des monuments historiques. A l’origine elle devait comporter une horloge, ce devait être une sorte de beffroi. Perret ne la verra pas construite entièrement puisqu’il décède en 1954.

Je savais depuis tout petit que c’était une tour très haute pour l’époque. Savoir confirmé par l’article en question, puisque c’était, avec ses 104 mètres, le plus haut gratte-ciel d’Europe. Preuve supplémentaire qu’Amiens on sait faire dans l’imposant : la cathédrale est en même temps la plus vaste de France, avec la nef la plus haute de France (si on exclut Beauvais qui est inachevée).

En 1959, la tour Perret est aménagée en appartements et en bureaux (dont celui du fameux dentiste, grr… !). En 2005, on y a ajouté un cube de verre de 6m de haut et on l’a illuminée, lui donnant ainsi un petit air de modernité qui lui va bien.

samedi 7 avril 2007

L’colombe et l’fourmisse



Quand j’étais jeune, nous allions régulièrement à Lucheux, une commune située à l’extrême nord de la Picardie. C’est dans ce village qu’est née ma grand-mère paternelle, et nous y allions souvent chez nos petites cousines.
Là-bas, en ces temps-là (fin des années 60), c’était encore la campagne. Pas de salle de bains, on se lavait dans la bassine de la cuisine. Pas de toilettes, une cabane dans la cour, avec un trou surmonté d’une planche percée, essuyage avec le journal de la semaine passée. Pas de lave linge, on y faisait encore la lessive une fois par semaine dans la lessiveuse qui bouillait toute la journée sur la cuisinière à bois, en remuant le linge régulièrement avec un bâton.
Je ne vous parle pas du XVIIe ou du XIXe siècle ! C’était il y a à peine 40 ans. Personne ne s’en plaignait pourtant. Mais là n’est pas mon propos.
Un des souvenirs que j’en garde, c’est que dans ces endroits reculés d’une France immémoriale, on parlait encore un bon patois picard. J’avoue que je ne comprenais qu’une phrase sur deux, et quand on me questionnait, je répondais parfois au pif ! Mais ça sentait tellement bon le terroir, les racines ancestrales, que j’en ai toujours les accents inscrits dans la mémoire.

En souvenir de ces temps, voici un poème de Marie-Ange Merlier, rapporté par Guy Dubois dans « Commint qu’i dijot pépère ? »

L’colombe et l’fourmisse

« Donne chu qu’tas, j’té donn’rai chu qu’j’ai ! »
In nou temps, ch’est comme cha qu’in vit
In fait des écanges intr’amis :
Faut bien s’intr’aider… pas vrai ?
J’aime bin ch’l’histoire d’La Fontaine,
L’colombe et l’fourmi.
Chelle-chi, all’ s’étot noïée dins l’fontaine
Dù qu’ch’est qu’el colombe, qu’in li dit,
Qu’all’ buvot… All’ veïot l’pauv’ tiote bête
Qu’all allot périr,
Qu’all faijot d’z’efforts pour n’point mourir.
L’colombe, qu’all’l’arvette,
All’ i fait charité.
All’ i fait d’ un pont d’herbe comme eun’ jetée
Par dù que l’fourmisse s’agrippe et qu’all’s’ déquinpette…
V’là un bonhomme avec s’n’arbalète
Qui vot l’colombe… i s’dit « All’ s’ra pour min dîner ! »
L’fourmiche all’ i pique sin talon.
Pindant qu’i fait un bond,
L’colombe s’a involée.

Té vos qu’ches bêtes i sav’rent s’aider !
Pourquoi qu’nous z’autes qu’in érot moins d’bonté ?

Infographie : Antonin MOREL

samedi 24 mars 2007

Montdidier

Montdidier
Un ancien livre nous éclaire sur le caractère des Montdidieriens (les habitants de Montdidier pour les ignares) ; il s'agit de "Chroniques burlesque ou recueil d'histoires divertissantes et d'aventures comiques arrivées de fraîche date dans les païs voisins" paru en 1742 (c'est pas d'hier).

«II faut convenir d'abord, à la louange des Montdidériens, dit l'auteur, qu'ils ont presque tous de l'esprit, esprit fin, subtil et délié, ce qu'il faut peut-être attribuer à la subtilité de l'air qu'ils respirent, car leur ville est bâtie sur une montagne assez élevée où règne non seulement un air pur, mais fort vif-
Lés habitants de Montdidier sont les plus spirituels de toute la Picardie. Mais ils sont en même temps goguenards, satiriques et railleurs, et ils ont un grand penchant à la médisance. Comme ce sont presque tous gens de plume, ou autrement gens de justice, et qu'ils sont pour la plupart du temps désœuvrez et sans occupation, ils s'assemblent tous les jours sur la place, ou ils se promènent par bandes. C'est là qu'on réforme l'Etat, qu'on trafique de nouvelles, qu'on s'informe de tout ce qui se passe dans la ville et qu'on épluche la conduite d'un chacun avec la dernière rigueur.
Les moindres événements un peu risibles y sont célébrez par des chansons ou par des pasquinades. Il y a souvent de ces chansons qui courent tout le royaume sans qu'on sache bien leur origine, et qui doivent pourtant leur naissance à quelques-uns des beaux esprits de Montdidier. Mais la plupart des sortent de là sont un peu malignes, mordantes et satiriques. C'est le génie dominant du païs. Quiconque pourrait rassembler toutes les chansons faites à Montdidier, et serait assez au fait des événements qu'on y célèbre pour y ajouter un bon commentaire de sa façon ferait assurément un ouvrage fort curieux et très divertissant.
Un jour que je passais par cette ville, les jeunes gens y faisoient une sorte de procession, au son du tambour et des trompettes, avec un panier de quelque jeune fille ou femme, qu'on disait avoir été trouvé dans les bleds autour de là. Ils avoient mis ce panier au bout d'une longue perche et le promenaient ainsi dans les rues et les carrefours de la ville et sur les remparts. Ils faisoient des stations ou des petites poses de tems en tems, et alors il y avoit un crieur qui annonçoit à haute voix :
— Mesdames et mesdemoiselles, on vous fait assavoir qu'on a trouvé dans les bleds un panier qui, selon toutes les apparences, appartient à quelqu'une d'entre vous ; celle qui l'a perdu n'a qu'à se présenter, on le lui rendra.
Mais il ne parut ni femme ni fille pour réclamer le panier, comme on peut le croire. Elles n'osoient même pas paraître dans les rues ni se montrer aux fenêtres, quand ladite procession passoit ; car lorsqu'ils en apercevoient quelqu'une, ils l'appeloient en lui disant :
— Mademoiselle, ayez la bonté de venir jusqu'ici, s'il vous plaît ! et regardez un peu si ce panier ne vous appartient pas, par hasard.
Ils continuèrent cette risible cérémonie pendant trois jours consécutifs.».


Le lecteur est prié de ne voir ici aucune allusion au caractère de mes parents qui, bien que Montdidiriens depuis quelques années, restent, je le pense des Amiénois dans l'âme et dans le coeur.

(L'almanach du pays picard - 1948)

samedi 27 janvier 2007

Une curieuse ascension de la flèche de la cathédrale d'Amiens

Cathédrale d'AmiensEn nos temps où le principe de précaution est une priorité, voici une petite histoire trouvée dans l’Almanach Picard de 1948. Celle-ci se passe en 1699 et elle nous est racontée par Jean-Baptiste Pagès (1655-1723), écrivain amiénois.

En ce mois de mai 1699, on ne connaissait ni les grues, ni les nacelles. Cela n’empêcha pas notre couvreur, simplement soutenu par une corde, de travailler pendant plusieurs jours pour réparer la flèche de la cathédrale d’Amiens. N’oublions pas que ce brave était alors à plus de 110 mètres au dessus du sol sous le regard curieux et ébahi de la population qu’il devait voir comme des fourmis.
Mieux, quelques temps plus tard, son fils vient l’aider à remettre en place le coq qui entre-temps avait été redoré. Et nos deux gaillards de travailler là haut sans d’autre sécurité que leur corde et leur courage, les jambes croisées autour de la flèche ! On nous dit que le vin ne fut bu qu’après la fin de la besogne, mais peut-être que quelques gorgées ont aidé notre artisan à accomplir vaillamment son ouvrage.

«Le 27 may 1699, sous l'épiscopat de Mgr Henry Peydeau de Brou, le nommé André Choquet, couvreur, du village de Bieurevoir, proche Breteuil, âgé environ de trente ans, ôta du haut de la flèche du clocher de la cathédrale d'Amiens, appelé le clocher doré, le coq pesant 15 livres que l'on fit dorer ensuite par le sieur du Porge, doreur, natif de Ruminil, demeurant à Amiens, basse rue de Notre-Dame, moyennant la somme de 18 livres.
Pendant trois ou quatre jours, ce dit couvreur, soutenu en l'air par une corde garnie de nœuds, travailla plusieurs bois à la flèche dudit clocher, endommagé par les injures du temps, et y raccommoda plusieurs défectuosités.
Ensuite, sur les cinq heures après-midi du sixième jour du mois de Juin suivant, il remonta au bout dudit clocher, accompagné de son fils, âgé de 13 ans, petit paysan vêtu d'un justaucorps de toile, qui ce jour-là était venu à pied de son village, éloigné de 7 lieues de cette ville, et qui, ayant monté jusques au pied de la croix de fer, se posta tout droit au milieu des fleurons avec une hardiesse qui surprenait et faisait trembler pour luy les plus hardis.
Son père, ayant tiré du bas du clocher le coq dore attaché à une corde, le mis entre les mains de son fils, qui demeurait à son poste pendant que son père tenait le bout de la corde, monta avec une intrépidité merveilleuse jusqu'au haut de ladite flèche autour de laquelle s'estant croisé les jambes, il mit le coq doré en sa place ordinaire y attachant au bout de la queue un ruban moite de couleur de feu et blanc, couleur convenant à l'église pour sa blancheur, et au martir de Saint Firmin.
En cest état ayant ôté son chapeau, il chanta à haute voix l'hymne de la Passion de notre Rédempteur Vexilla Régis et répéta trois fois le verset d'O Crux ave.
Enfin, ayant pris une bouteille et un verre qu'il avait porté avec son coq, il but trois coups de vin : le premier à la santé de Mgr l'Evêque d'Amiens qui, assis dans un fauteuil dessous le vestibule de son palais épiscopal, le regardait attentivement ; il but le deuxième à la santé de Mrs du Chapitre, spectateurs de son action ; et le troisième à la santé de tous les habitants d'Amiens en général, dont on peut dire que la plus grande partie estoit pour lors occupée à le regarder et à admirer la hardiesse étonnante de son fils, encore plus surprenante que celle du père, qui tous deux descendirent heureusement dudit clocher».