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DIVION : La catastrophe de 1954

Et l'histoire se répète...
 
Bien que la grande guerre soit passée par là, la catastrophe de Courrières (1906) et celle de La Clarence (1912) sont encore dans toutes les mémoires de mineurs.

Ce dimanche 20 Juin 1954 devait encore compter au nombre des journées noires.

Ce jour-là, à 4 heures du matin, le feu du ciel a déclenché la catastrophe souterraine. Un orage déchire le ciel au-dessus de l'Artois. Le chef d'équipe Thelliez pense que le travail des 14 mineurs de l'étage 875 du puît de La Clarence est bientôt terminé. Au même instant, une flamme énorme s'abat sur lui, il est projeté à 40 mètres, la foudre vient de tomber. Elle provoque l'arrêt de la ventilation. Une poche de grisou se forme et , probablement avec le concours d'une étincelle d'outil, s'enflamme. C'est la déflagration du coup de grisou, suivie du redoutable coup de poussier. Immédiatement, les équipes de secours de La Clarence et d'Auchel accourent. A 7 heures, la première victime est remontée au jour. Il faudra 3 jours pour dégager les 8 tués et les 6 survivants. Deux d'entre eux succomberont ensuite à l'hopital.

Revue de presse
 
La presse locale s'est largement fait écho de cette catastrophe. Dès le lendemain paraissait un faire-part mentionnant les noms de 9 mineurs décédés, liste malheureusement incomplète.

Parmi ces mineurs, figurait Fernand BROOD, le frère de ma grand-mère, mort à 42 ans.

Le journal "LE RADAR" du 4 juillet 1954 relate également l'événement avec de nombreuses photos à l'appui.
Faire-part   Photo des 10 mineurs
Ci-dessus,
le Faire-Part de la presse.
 
Ci-contre,
les photos des 10 mineurs
parues dans LE RADAR.
 
Toujours dans LE RADAR, on peut se rendre compte de l'émoi que provoquait toujours ces catastrophes au sein de la communauté des mineurs. Les funérailles étaient l'occasion de confirmer la solidarité des mineurs avec les familles des victimes. Il n'était pas rare de voir se mettre en place des caisses de solidarité pour soutenir les veuves qui allaient devoir assurer l'avenir sans le salaire du père.
Funérailles à Divion - 1954

Le récit
 
Pour appréhender l'émotion, l'espoir ou le désespoir des familles, l'inquiétude que provoquait la connaissance d'un accident à la mine, laissons parler Guy DUBOIS, dont le père a travaillé à La Clarence. Je vous livre son récit intact :
 
 
Le garnement qui s'endimanchait, en cette journée d'été 1954, était loin d'imaginer que cette matinée insouciante qui débutait sous un soleil radieux allait devenir une des journées les plus noires de son existence.
Ce dimanche 20 juin 1954, mon père s'était levé à trois heures du matin, avait déjeuné de quelques tartines beurrées trempées dans un bol de café au lait, puis, sans bruit, il avait enfourché son vélo afin de parcourir les dix kilomètres qui nous séparaient de la fosse de La Clarence où il devait prendre son poste à quatre heures.
Il était porion de sécurité et sa mission consistait, à cette époque, à parcourir plusieurs dizaines de kilomètres de galeries souterraines, à visiter les chantiers où le charbon était abattu, ainsi que les installations abandonnées. Il était équipé d'un anémomètre et d'un grisoumètre afin de vérifier et de rendre compte de l'aérage des galeries et de la teneur en grisou dans les différents endroits de la fosse qui était particulièrement dangereuse. [...]

Pour se rendre au travail, mon père descendait la route du bois de Camblain, passait devant " l'fosse Salonique ", puis devait grimper l'abrupte côte de La Clarence, au sommet de laquelle se dressait le siège d'extraction. Après avoir revêtu ses " loques ed' fosse ", retiré sa lampe à flamme et ses appareils de contrôle à la lampisterie, " ch'maîte de l'sécurité " s'apprêtait à descendre pour accomplir sa tournée dans les dédales et les chantiers de la mine...
... Le dimanche, pour ma mère, a toujours été le jour du Seigneur et pour rien au monde elle n'aurait manqué la grand-messe dominicale : ma soeur et moi étions tenus de l'accompagner.
La Compagnie des Mines de Marles avait construit les corons de Rimbert auprès de sa fosse n' 4. Au centre de la cité étaient bâties les écoles et l'église. Selon un rite immuable, la grand-messe de 10 heures 30 se déroulait rythmée par les chants de la chorale, le sermon énergique du haut de la chaire, les filles dans le transept de gauche, les garçons à droite, ces Messieurs-Dames des houillères, ingénieurs, chefs porions et employés dans les premiers rangs. Ayant commencé à prendre un peu d'indépendance, je traînais les pieds pour me rendre à l'église et m'arrangeais le plus souvent pour me placer au fond ou pour rester dans la rue, comptant sur l'affluence des fidèles pour que ma mère ne remarque pas mon absence.
Ce jour-là, je m'étais arrangé avec quelques comparses pour rassembler nos quelques sous destinés à la quête et nous les avions allégrement dépensés dans plusieurs parties animées de babyfoot récemment installé dans le café voisin. Il me suffisait de rentrer à la maison quelques temps après l'office et mon incartade passerait inaperçue.

A peine rentré, ma mère m'interpella :
- " D'où viens-tu ? "
- " De l'église... "
La réplique, cinglante, me cloua le bec.
- " Menteur ! Si tu avais assisté à la messe, tu saurais ce que Monsieur le Curé a dit en chaire ! "
Et devant mon air ébahi, elle continua en pleurant :
- " Il a dit : mes frères, le monde de la mine est de nouveau en deuil, prions pour les morts de la catastrophe de La Clarence qui s'est déroulée ce matin ! "

Le ciel me tombait sur la tête ! La sinistre fosse avait encore tué et mon père s'y trouvait ! Où était-il ? Qu'était-il devenu ?
Nous n'en savions rien et nous allions vivre longtemps dans l'affreuse attente. Nous n'avions pas le téléphone et, résignés, il nous fallait souffrir l'incertitude, avec cependant, un léger espoir au fond du coeur puisque nous n'avions pas reçu la visite du garde des mines chargé dans ce cas d'annoncer les drames aux familles.
Le martyre cessa vers 17 heures quand mon père réapparut en vélo. Visage fermé des mauvais jours, sans mot dire, il jeta dans la buanderie son paquet " d'loques ed'fosse " qui sentait l'Enfer, et assis à la table de la cuisine, il s'enferma dans un profond silence.
C'est beaucoup plus tard que j'appris que le coup de grisou avait eu lieu à 4 heures 15, à 720 mètres de profondeur, juste au moment où il s'apprêtait à descendre. Un arrêt de l'aérage, de 7 minutes, à la fosse Salonique, dû à une coupure de courant, avait suffi pour qu'une poche de grisou se forme et s'enflamme au contact de l'air revenu dans le chantier de la veine Rosalie. Dix mineurs payaient de leur vie un nouveau tribut à la mine !
Mon père, avec le directeur du siège et quelques mineurs, avait accompli tout simplement son devoir : porter secours aux compagnons dans le danger.
Une demi-heure plus tard, arrivés sur les lieux du sinistre, ils découvrent des scènes d'épouvante : des corps sans vie déchiquetés, des blessés qui geignent et qui réclament à boire. Il faut les dégager pour les ramener à l'accrochage. Mais ils doivent faire face à un grave problème : sur une centaine de mètres, le " toit " a craqué et il faut progresser lentement, avec précautions, en étayant au fur et à mesure pour éviter l'éboulement. Enfin, rejoints par d'autres sauveteurs, ils arrivent à dégager les victimes et à les remonter. (1)
 
 

Concernant les catastrophes minières dans le Nord de la France, visitez le site de Bernard Bourdon

Sources :
(1) Histoire des mineurs du nord pas-de-calais...à l'usage de leurs petits-enfants, Guy DUBOIS
LUCHEUX 1874 - DIVION 1954 LUCHEUX 1874 - DIVION 1954
Lucheux 1874 - Divion 1954 :
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