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DUNKERQUE

Le 6 avril 1884, Napoléon LARANGE (40 ans) et son fils Henri,
né à Ghyvelde près de Dunkerque, agé de 14 ans,
disparaissaient en mer d'Islande.

Pour lui
et pour tous les autres :


version WEB de

«pêcheurs d'Islande».

Pendant plus de 150 ans, des marins dunkerquois ont quittés chaque année leur ville
et leur famille pour aller pêcher, six mois durant, au large des côtes islandaises.
Excepté celui de mineur, nul métier ne peut être comparé,
par la dureté des conditions de travail, à celui des «Islandais».

L'histoire des pêcheurs d'Islande :
On a longtemps pêché la morue au large des côtes flamandes. Mais c'est au XVIIe que les pêcheurs dunkerquois (et les Gravelinois dans les années 1830) ont commencé à s'aventurer jusqu'en Islande. La pêche « à » Islande, selon l'expression consacrée, a duré jusqu'en 1938, ayant déjà connu un déclin certain après la Première Guerre mondiale.
Durant toutes ces années, des hommes sont donc partis - jusqu'à 3 000 de Dunkerque, 1 000 de Gravelines - à la fin de l'hiver : d'abord le ler avril, puis à partir des années 1860, dès la mi-février. Le carnaval est l'occasion d'ultimes réjouissances avant de quitter épouses, fiancées, mères et enfants et de s'embarquer sur des lougres, des goélettes, puis des dundees.
Pêche à la crevette L'équipage d'un navire comprend généralement un capitaine, un second, un lieutenant (deux à partir de 1890), deux saleurs, un tonnelier, 7 à 12 matelots et un ou deux mousses, âgés de 12 à 16 ans, souvent fils ou neveux de membres de l'équipage.

En général, les marins, reçoivent du patron une avance qui leur permet d'acheter des provisions pour le voyage, rarement de laisser de quoi vivre à leur femme. Celle-ci, pendant leur absence, devra donc subvenir aux besoins de la famille en travaillant (pêche à la crevette, ramassage des vers, travaux agricoles dans les fermes du voisinage ... ).
Pêcheuses de crevettes
Le voyage jusqu'en Islande dure une à deux semaines, selon les conditions climatiques. Certains navires vont plus loin, jusqu'au Groënland. Paradoxalement le travail y est moins dur, comme l'écrit un capitaine breton :
 
 
« Ce qui distingue, entre autre chose, la pêche à la morue en Islande de la pêche sur le grand banc de Terre-Neuve, c'est qu'ici les bateaux ne peuvent pas mouiller. Les fonds sont trop considérables, la mer trop dure, la pêche trop incertaine sur le même point. (... ) en dérivant, nos pêcheurs sont là, alignés, tirant constamment sur leur lourde ligne, qui n'a pas moins de 200 mètres de long et que terminent un plomb de 3 kilos et deux hameçons. La pluie, le givre, la neige les aveuglent souvent, le vent leur crache à la figure des embruns glacés. Ils seraient gelés jusqu'aux moeIles sans l'exercice pénible auquel les contraint la manoeuvre de cette ligne. Il leur faut en effet constamment déhaler celle-ci à longueur de bras pour accrocher les morues par surprise. »(*)
 
 
Pêcheur d'Islande
Des conditions de travail très dures...
Sur le navire on embarque des tonneaux (ou tonnes) remplis de sel. Jour après jour, le sel sera remplacé par les poissons, vidés de leur sang , dépourvus de leur tête et de leur queue, soigneusement lavés, salés et séchés. Au fil des années, les conditions sociales des pêcheurs se détériorent : d'abord dotés d'un salaire fixe, à la fin ils ne seront plus payés qu'à la pièce, ou plutôt à la queue, puisque ce sont elles qui permettent chaque jour de calculer le nombre de prises de chaque marin. Aussi les pêcheurs, soucieux de gagner suffisamment, ne rechignent pas à la besogne, allant jusqu'à pêcher 24 heures d'affilée lorsque le secteur est bon, car on ne sait pas de quoi demain sera fait. Ils dorment peu, se nourrissent surtout de pain et de soupe confectionnée à l'aide des têtes de poisson et de « graisse » (saindoux). Fin mai, les matelots ont droit à une pause car le réapprovisionnement en eau douce et les réparations du navire nécessitent l'entrée en baie. Les marins des différents navires se retrouvent donc dans les ports islandais, font quelques emplettes, lient parfois connaissance avec des habitants de l'île.
...et un retour incertain.
Les équipages les plus chanceux rentrent pour le 15 août. Les autres ne sont pas de retour avant septembre. Certains même ne rentrent pas. Il y a le brouillard qui peut provoquer l'abordage entre deux bateaux, il y a la tempête et les courants violents, il y a les icebergs contre lesquels les navires peuvent se fracasser. Certaines années sont particulièrement noires. En 1888 par exemple, treize navires dunkerquois (sur 71) font naufrage. 163 marins sont portés disparus.
Information sur les départs et les retours à Dunkerque
Doc. n° 10 - Grands navires armés au Quartier de Dunkerque
Année départ retour Hommes
d'équipage
Hommes
disparus
183071711185 
18359691128317
183990721205185
18407070980 
184579761127 
185088881602 
18558886132115
18601321311984 
1865107101172674
1870113107226224
1875878718685
1880969619127
18858982173620
188871581683163
18906665131018
1895706815236
190072711436 
190554511042 
19103232633 


Quai des Hollandais Le retour des matelots est bien sûr l'occasion de fêtes, mais les pêcheurs ne tardent pas à rechercher un emploi saisonnier, sutout si la pêche a été médiocre et que le « solde à payer » couvre à peine les dettes contractées par la famille pendant leur absence. Travaux sur les navires, pêche sur des caboteurs, moisson, arrachage des betteraves et des chicorées, les tâches ne manquent pas en attendant... le prochain départ.
Les premiers "Islandais"
 

        Témoignage         Lettre        


Toujours pour les fans de Dunkerque : Sur le site de christophe KERCKHOVE,
vivez le carnaval de Dunkerque comme si vous y êtiez.

Sources :
(*) J.-R Mélis « Les Dunkerquois dans la tourmente, Islande 1888 » dans la revue « Chasse-marée » n°107, juin 1997.


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