Louise de Bettignies, chef de réseau.
Louise de Bettignies a trente-quatre ans quand la guerre éclate. Elle mourra à l'hôpital de Cologne, le 17 septembre 1918 après trois années de prison et une guerre exemplaire. Lorsqu'elle comparaît devant un tribunal militaire, le 16 mars 1916, son courage impressionne le juge allemand.
Cette femme exceptionnelle qui songeait à entrer au carmel en 1914 était née à Saint-Amand-les Eaux dans une famille de faïenciers. Après de brillantes études à Valenciennes, elle effectue de nombreux voyages à l'étranger. Elle parle couramment l'anglais, l'allemand et l'italien et choisit de mettre ces compétences au service de sa patrie.
Elle est alors contactée pour participer aux activités d'espionnage de l'Intelligence service ( dès janvier 1915). Auparavant, elle avait soigné des blessés dans un hôpital de Lille, puis passé clandestinement du courrier d'une zone à l'autre, avec la complicité de sa Soeur Germaine. Mais lorsqu'elle crée le réseau "Alice" en compagnie de son amie Marie-Léonie Vanhoutte, elle s'investit dans une mission d'une toute autre envergure ; dès juillet 1915, "Alice" compte 80 membres et s'étend au secteur Cambrai-Valenciennes-Saint Quentin. Ce réseau fait passer des hommes en Angleterre, via les Pays-Bas et recueille des renseignements militaires: mouvements de troupes; emplacements des batteries, des stocks de munitions, des terrains d'aviation ou des émetteurs de TSF. . .

Ses informations sont d'une grande valeur: elle annonce notamment l'imminence d'une attaque d'envergure dans le secteur de Verdun. Louise travaille aussi, mais épisodiquement pour les services secrets français sous le pseudonyme de "Pauline ". Marie-Léonie Vanhoutte est arrêtée la première le 24 septembre 1915, et libérée le 8 novembre 1918. Louise, qui avait été condamnée aux travaux forcés à perpétuité, meurt deux mois avant la capitulation, en prison, des suites d'une pneumonie. Ce n'est qu'en 1929 que son corps sera transféré à Lille où de "grandioses" funérailles lui seront organisées en l'église Saint-Maurice.


Extrait de "La parole de l'état - HS N°1 novembre 1998