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Peuple de Géants
 

Le magazine du Conseil Général du Nord, "Le Nord", a consacré une article très complet a cet évènement.
En voici quelques extrait :


 
 
 
 
Les 9 et 10 juillet, Lille accueille plus de 200 géants venus du monde entier. Si l'événement, labellisé Lille 2004, est exceptionnel, il reflète également l'engouement des gens du Nord pour une tradition profondément ancrée dans notre département mais toujours très vivante.
Voyage au pays des géants.


Composée d'environ 350 membres, la grande famille des géants rayonne sur notre région depuis des générations. La vie d'un géant est bien souvent jalonnée des mêmes étapes que celle des hommes. Les géants naissent, sont généralement baptisés en grande pompe... Puis ils se marient et ont des enfants. Mais ils ont un immense privilège sur les êtres humains : ils ne meurent jamais vraiment. Lorsqu'ils commencent à prendre de l'âge, à être fatigués ou qu'ils ont été victimes d'un accident de la vie, professionnels et bénévoles passionnés s'attachent à les restaurer ou à leur redonner vie. Ainsi à Cassel, Reuze Papa et Reuze Maman profitent depuis quelques années (2000 pour Reuze Papa et 2001 pour Reuze Maman) d'une retraite bien méritée - ce sont d'ailleurs aujourd'hui des objets classés et sans doute les plus vieux géants de la région puisque Reuze Papa est né en 1827 et Reuze Maman en 1860. Mais avant qu'ils ne se retirent définitivement de la vie publique, on a pris soin de les reconstruire à l'identique : même poids, même taille, même matière et même costume. Stéphane Deleurence s'est attelé à la tâche. Bien connu dans l'univers des géants, créateur de l'association La Ronde des géants dont l'objectif est de sauvegarder, étudier et assurer la promotion de ces figures processionnelles et de cortège, il explique ce qui selon lui fait leur attrait depuis toujours : "C'est une tradition extrêmement vivante parce qu'elle permet aux gens de se reconnaître dans un personnage et de s'investir pour qu'il prenne sa place au sein du village, du quartier... Lorsque les gens viennent me voir parce qu'ils ont comme projet de construire un géant, nous commençons par une longue discussion qui permet de réfléchir sur la vie de la cité et de ses habitants : comment les symboliser ? Quel parcours emprunter ? Qui s'occupera du géant, qui l'animera ?..." Pour que le géant trouve sa place dans la commune, qu'il soit reconnu par ses habitants, il faut qu'il y ait une véritable volonté de le faire vivre.

 
 

Reuze papa et Reuze maman
© Photo J.L.MOREL
 
 
Gargantua
© Photo J.L.MOREL
 
 
PETITS GEANTS
Ainsi dans le Nord, de nombreux géants ont leur propre fête ou sont associés au carnaval au cours duquel ils occupent un rôle central. Que serait un carnaval de Dunkerque sans le Reuze et sa petite famille ? Un carnaval de Bailleul sans Gargantua ? Un lundi de carnaval à Solesmes sans Barbari le Seringueux ?... Cela n'empêche pas les géants de participer à d'autres manifestations quand ils y sont invités. Les baptêmes, les anniversaires sont souvent prétexte à d'extraordinaires réjouissances. En 2004, plusieurs événements ont été ou seront célébrés. À Steenvoorde, le fils de Jean Le Bûcheron, Jacobus, a été dignement entouré lors de son baptême le 24 avril dernier. Le carnaval 2004 a donc revêtu cette année un caractère exceptionnel prenant la forme d'un festival d'enfants et d'adolescents.
1000 jeunes artistes (danseurs, musiciens, porteurs de géants...) venus de toute l'Europe ainsi que d'autres géants d'enfants ont participé à une fête colorée sous l'œil attendri du papa qui lui fêtait ses 90 ans. La naissance de Jacobus est d'ailleurs révélatrice de l'intérêt que portent les jeunes générations aux géants. Le projet a été initié avec force conviction par les enfants des membres de l'association Les Amis de Fromulus, présidée par Michel Sansen, "Alors que les pères accompagnent Jean Le Bûcheron dans toutes ses sorties, les mamans ont de leur côté créé un groupe de danse folklorique", explique Lucie Ducourant, chargée de la promotion des festivités et traditions au sein de l'association. "Se sentant un peu à l'écart de ces activités, les enfants ont décidé de créer un géant porté pour pouvoir accompagner leurs aînés." C'est la même démarche qui a guidé les habitants du quartier de Lille-centre et l'association des Amis des géants de Lille, présidée par Sylvain Ciofini. "C'est un vrai projet de quartier", précise-t-il. "Nous voulions rendre hommage à Alexandre Desrousseaux, C'est ainsi qu'est né Narcisse, le p'tit quinquin qui a été baptisé fin juin." Porté par des adolescents, il a été réalisé à l'occasion de Lille 2004, mais le projet germait depuis quelque temps déjà dans la tête de ses créateurs. Fabriqué par Dorian Demarcq et habillé par Nicole Cugny, il permet aux jeunes générations d'apprendre à porter. L'avenir de la tradition est ainsi assurée. Une tradition que dans d'autres quartiers de Lille, on s'efforce également de faire revivre : "Ce serait bien qu'à terme, chaque quartier de Lille ait son géant et que puisse s'organiser tous les ans une grande fête des géants de Lille", se plaît à rêver Sylvain Ciofini.

 
 
 
 
 
 
JOYEUX FETARDS
A Godewaersvelde, les jeunes de la commune animent un géant au caractère particulier : le chien d'Henri le douanier. Le projet est original et sans doute unique car le chien prend tour à tour les attributs d'un chien de douanier (Dyck) ou d'un chien de fraudeur (Tom). Jacques Pladys, président de l'association Hier en Flandre, douane et fraude, nous confie la genèse d'un projet intimement lié à l'histoire de la commune : "Ici, à la frontière, chaque famille comptait au moins un douanier et un fraudeur. On a voulu rendre hommage aux uns et aux autres. En 1994, Henri est né. Cela a donne lieu à une grande fête avec récolte de fonds pour une action de lutte contre le cancer car notre association possède un caractère philanthropique. En 2001, Tom/Dyck est venu le rejoindre. Les chiens constituaient d'indispensables compagnons mais ils avaient souvent la vie dure. Les douaniers avaient ordre de tuer les chiens des fraudeurs. Ces derniers attaquaient d'ailleurs souvent les chiens de douanier." Aujourd'hui, tout ce petit monde cohabite paisiblement au musée de la Vie frontalière qui vient tout juste d'ouvrir ses portes dans l'ancien presbytère du village. À l'occasion du carnaval, ils sortent en compagnie de Mil Trommelaere, le tambour qui orchestre la fête.
 
 

© Photo J.L.MOREL
 
 
François 1er
© Photo J.L.MOREL
 
 
VINT' D'OSIER
"Pour nous, il n'est de géant vivant que s'il est porté", déclare Lucien Mériaux, de la Famille des porteurs de Gayant à Douai. Une famille qui existe depuis 1530 et dans laquelle on n'entre que par un lien de parenté avec l'un des 52 membres. Il faut dire que Gayant (8,5 m et 370 kg), sa femme Marie Cagenon (6,25 m et 250 kg) et leurs trois enfants Jacquot, Fillon et Binbin requièrent les bras musclés d'une quinzaine de porteurs. "Sous les jupes de chaque adulte, se glissent 6 porteurs", poursuit M. Mériaux. "Chacun a sa place fixe. Devant se trouve le chef de lunette, qui est le seul à voir quelque chose. Les autres porteurs (2 a droite, 2 à gauche et le brigadier de derrière) sont dans le noir et se fient donc aux indications du chef de lunette lui-même dirigé par le chef de protocole." La famille Gayant (géant en picard) sort traditionnellement début juillet, durant trois jours, lors des Fêtes de Gayant. Les géants actuels ont été reconstruits en 1954 et fêtent donc cette année leur cinquantenaire, mais leur origine est bien plus ancienne puisqu'ils furent construits en 1530 par la corporation des manneliers à l'occasion d'une procession en l'honneur de Saint-Maurand, protecteur de la cité. "L'histoire des Gayant est très intéressante", précise Dorian Demarcq, "parce qu'assez symbolique. Ce sont deux corporations qui donnent naissance aux géants (les manneliers qui travaillaient l'osier pour Monsieur et les fruitiers pour Madame). Leur métier devient en quelque sorte de l'artisanat d'art. C'est un peu dans cet état d'esprit que je m'inscris." Installé à Lille depuis deux ans après avoir collaboré à de nombreux projets autour des géants, Dorian parle de son métier avec enthousiasme et modestie : "Pour créer ou restaurer des géants, il faut être polyvalent; être un peu vannier, un peu sculpteur, un peu menuisier... A chaque fois, c'est une nouvelle aventure : on part de rien, il faut faire des moulages, travailler les costumes (faire des recherches s'il s'agit d'un personnage historique ou issu d'un métier particulier). On travaille généralement des matières assez courantes comme le bois, l'osier, des matières anciennes qui ont fait leurs preuves. Ensuite, l'objet nous échappe, je n 'appose pas ma signature, il vit sa vie... Mais quand il quitte l'atelier, j'ai toujours un petit pincement au cœur...".
 
 
 
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