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LARNAGOL
     
La grande peur de 1789

Les évènements de 1789 à Larnagol
au travers un document d'archive.

     
 
LA GRANDE PEUR DE 1789
ET LES REACTIONS D'UNE COMMUNAUTE VILLAGEOISE
(LARNAGOL)


 
 
On a souvent parlé du phénomène de panique collective qui affecta particulièrement le Périgord, le Quercy et le Rouergue à la fin du mois de juillet 1789.
A Cahors l'alerte fut donnée dès les premières heures du 31 juillet. Le bruit courait qu'une armée de "40.000 brigands" commandée par le comte d'Artois se dirigeait vers la ville après avoir mis Puy-l'Evêque et Duravel "à feu et à sang". Des groupes armés venus "en renfort" de l'extérieur se mêlèrent aux Cadurciens qui se mobilisaient dans une certaine confusion pour la défense de la cité. Des éléments incontrôlés en profitèrent d'ailleurs pour investir l'évêché et le couvent des Chartreux, provoquant quelques désordres et se livrant à diverses déprédations avant d'être neutralisés.
Pendant ce temps l'alerte continuait a se répandre comme une traînée de poudre dans les autres localités du Quercy. Durant toute la journée on sonna le tocsin et les populations ameutées s'armèrent en hâte pour faire face à l'ennemi attendu.
Il ne fallut pas longtemps pour constater que les bruits alarmiste étaient sans fondement. Les informations rassurantes se succédèrent dans la soirée et dès le lendemain le calme était pratiquement revenu dans l'ensemble de la province. Mais l'alerte avait été chaude et les esprits fortement troublés.
On n'a guère de détails sur la façon dont fut vécue cette Grande Peur dans les petites communautés rurales, en raison sans doute de la brièveté de l'événement et de l'inconsistance de ses origines. Une fois le danger évanoui on ne manqua pas, dans la plupart des comptes rendus, d'ironiser quelque peu sur l'incroyable effervescence provoquée par ce qu'on appellerait aujourd'hui une opération d'intoxication favorisée par la conjoncture politique du moment.
Dans les archives de la Société des Etudes du Lot il existe un document intitulé Règlement pour la communauté et paroisse de Larnagol sur les allarmes [sic] qui arrivoient de toute part, et date précisément du 3l juillet 1789.
Il nous a paru intéressant de publier l'intégralité de ce texte qui montre avec quelle diligence et quel sens de l'organisation les autorités locales, seigneur et curé en tête, ont su prendre les mesures appropriées: constitution d'une milice bourgeoise avec incorporation de tous les hommes et garçons de plus de 15 ans, contrôle des "étrangers", arrestation des suspects, prévention des pillages, surveillance des cabarets, etc. On appréciera surtout l'article 8 du règlement qui enjoint aux femmes, filles, petits enfants, vieillards et infirmes, barricadés dans leur maison et postés aux fenêtres ou sur les toits, d'accueillir les brigands à coups de pierres et de tuiles. Appel exemplaire à une résistance populaire qui fort heureusement n'eut pas l'occasion de s'exercer.
Le lendemain, 1er août, le seigneur de Larnagol écrivait au premier consul de Cajarc " tous mes vassaux paraissent disposés à se bien défendre.. " et, dans un post-scripum signalant qu'aux dernières nouvelles le péril paraissait conjuré, ajoutait " il est cependant prudent de nous tenir sur nos gardes jusques à un plus amplement enquis ".

Pierre DALON.

 
 
REGLEMENT POUR LA COMMUNAUTE DE LARNAGOL DU 31 JUILLET 1789
 
 
L'assemblée de la communauté et paroisse de Larnagol convoquée par le toc sing, sur les allarmes qui arrivaient de toute part, en ce que les environs de ce pais étoient assiégés et saccagés par quelque nombreuse troupe de brigands, considérant le malheur dont on se trouve menace, et concertant les moyens à prendre soit pour sa déffence, ou pour donner le plus prompt secours qui pourroit être demendé, a été déterminé et arrêté ce qui suit tout le temps que le trouple durera.

1° Il sera établi dans le lieu de Larnagol une milice bourgeoize, composée de deux compagnies dont la première sera formée des hommes et garçons les plus propres à porter les armes depuis l'âge de quinze ans jusques a celluv de cinquante inclusivement, et l'autre sera composée des hommes et garçons qui auront passé l'âge de cinquante ans mais capables encore de quelque deffence.

2° Il sera forme un conseil pour diriger la milice bourgeoise et décider sur les faits, plaintes et contreventions qui pourroient survenir a raison du présent règlement. Lequel conseil demeure compose d'hors et déjà de monsieur le Baron seigneur de l.arnagol, de monsieur Causse curé de la paroisse, de monsieur Vinel père juge, de monsieur l.avastrou procureur d'office, de monsieur Vinel fils avocat, Belvèze père, Vinel Lasteulières, de Bessac Cellarié, de Jean Lavastrou pilhé fils, Pradines père et Gimbergues Bernadou.

3° II y aura un corps de garde qui sera composé de quatre personnes le jour et de huit pendant la nuit, dont deux pour le jour depuis les six heures du matin jusques à midy, et les autres deux depuis midy jusques a six heures du soir, et pour la nuit de quatre personnes depuis les six heures du soir jusques à minuit, et autres quatre personnes depuis minuit jusque à six heures du matin.

4° II y aura aussi des sentinelles pendant la nuit sur toutes les avenues en nombre des personnes et ainsi qu'il sera réglé par le conseil.

5° II y aura tous les jours des festes et dimenches a midy precis dans la place publique assemblée de lad. milice bourgeoise, chacun avec son arme et sa cocarde et plus souvent si le cas le requiert, suivant ce qu'il sera décidé par le conseil.

6° Aucun des habitants ne pourra pendant la nuit sortir du lieu sous quelque prétexte que ce soit sans la permission du corps de garde, et ne pourra aussi aucun des habitants de la parroisse. et communauté en sortir et s'en écarter au delà d'une lieu sans un passeport signé de deux de ceux qui forment le conseil.

7° Les sentinelles ou ceux qui seront établis au corps de garde ne laisseront passer aucuns étrangers soit de nuit soit de jour, s'ils ne sont pourvus d'un passeport en règle, et si par cas, il y en a qui soient suspectés ils seront gardés ou détenus, jusques à ce que le conseil aura prononcé sur leur liberté.

8° Au moindre signal qui sera annoncé par le son des cloches tous les hommes et garçons capables de se défendre, se mettront a l'instant sous les armes et chacun en prendra une des plus propres qu'il pourra se procurer pour courir de suitte au secours, et les femmes, filles et petits enfants avec les viellards et infirmes resteront enfermés dans leur maison, et de sur les toits ou par les fenêtres se deffendront comm'ils pourront en jettant a coups de pierre et de tuilles sur les brigands s'ils avoient fait irruption et se trouvoient dans le lieu.

9° Si quelqu'un soit habitant ou étranger retenu se trouve capable de trahison en vers l'état et la patrie et convaincu tel par le conseil il sera conduit en prison pour le procès luv être fait suivant toutes les rigueurs.

10° Si quelqu'un soit habitant ou étranger est surpris piller dans les maisons, et rapiner dans les champs ou aux vignes, sera arrêté et conduit s'il se peut au corps de garde ou autrement sera dénoncé au conseil pour y être statué ce qu'il appartiendra.

11° Pour prévenir les querelles et disputes qui pourraient s'ellever et maintenir le bon ordre, les cabaretiers ne pourront non seulement pendant les offices divins, mais encore aux heures qui leur seront indiquées donner du vin dans leurs maisons aux habitants de cette parroisse, ni a ceux des parroisses voisines, et seront responsables de tous les excès quelconques qui seront commis par ceux à qui ils auront donme trop de vin, et durant tout le temps de leur yvresse.

12° Il sera décerné une amende de six livres contre celuy qui contreviendra a aucun des articles du présent règlement, et seront toutes les amendes applicables suivant que le conseil en décidera, lequel pourra aussi augmenter les amendes en cas de récidive.

Lequel règlement ayant été lu et publié devant toute l'assemblée, tous en général et chacun en particulier, l'avons unaniment, volontairement et librement approuve et promis de nous y conformer et l'exécuter en tous ses points suivant sa forme et teneur, en témoin de quoy nous avons signé tous ceux qui avons sçu. Le 31 juillet 1739.

 

Sources : Bulletin de la Société des Etudes du Lot - Janvier/Mars 1989
Note : l'orthographe du texte ci-dessus a été conservée telle que sur le document d'origine.


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