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MERVILLE

Guerres

LA GRANDE GUERRE (1914-1918)
(Extrait de "Histoire de Merville" L.D. Bézégher)

Comme partout dans le Nord, la mobilisation du 2 août 1914 avait péniblement surpris la population mervilloise, mais nos jeunes réservistes avaient courageusement rejoint leurs unités d'affectation, devançant un peu leurs aînés des vieilles classes presque tous dirigés vers les 6è et 8è régiments d'infanterie territoriale.

Après les cruelles déceptions des revers de Charleroi et de la bataille des frontières, puis de la chute de Maubeuge, la victoire de la Marne avait fait renaître au coeur de nos compatriotes l'espoir d'une victoire rapide et complète.

Si celui-ci n'avait été que de courte durée, rien ne pouvait faire présager la menace d'invasion et les horreurs qui en résulteraient à très bref délai pour notre cité.
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(Les renseignements qui suivent concernant octobre 1914 et avril 1918 sont en grande partie extraits de " L'Historique du 2è Corps de cavalerie ", par le Général Boullaire. Paris 1925.)
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Fin septembre, la menace allemande en direction de la Flandre et de la mer du Nord se précise.

OCTOBRE 1914
Dès le 1er octobre, Douai - qui a déjà connu deux brèves occupations ennemies (fin août et courant septembre) - est bombardée et ne tarde pas à être investie, tandis que la population des environs fuit vers l'ouest et le nord-ouest et que quelques pelotons de goumiers algériens battent l'estrade entre Lille et Douai. Cette dernière, défendue seulement par une poignée de territoriaux et de gendarmes repliés des Ardennes, tombe dès le lendemain et on signale de nombreux débarquements ennemis à Valenciennes.
Le Haut Commandement français, pour s'opposer à l'avance ennemie vers le nord-ouest et Calais, rassemble le maximum de ses forces disponibles et les lance en direction du Nord, dans une épreuve de vitesse avec les Allemands, à laquelle l'histoire gardera le nom de "Course à la mer".
Par sa situation géographique sur un cours d'eau, la Lys, coulant d'ouest en est et susceptible de servir de ligne d'arrêt, Merville va se trouver pendant quinze jours au centre des combats. C'est plus particulièrement le 2è Corps de cavalerie (en abréviation C.C.) du Général de Mitry qui va s'y opposer aux Allemands, - tandis que le 1er C.C., transporté par voie ferrée, commence à débarquer vers Armentières.

Le 3 octobre, dans la matinée, quand Mgr Charost, évêque de Lille, vient donner la confirmation à 200 communiants, l'ambiance est déjà à une grande anxiété (comme à Estaires l'après-midi).
Vers le soir arrive et cantonne chez l'habitant le 9è bataillon de chasseurs cyclistes, - qui avait participé à la bataille de la Marne un mois auparavant et vient de capturer une auto-mitrailleuse ennemie.

A la fin de l'après-midi du 4 octobre, Lens doit être évacué devant le 1er Corps de réserve bavarois, et deux C.C. allemands qui, ne pouvant déboucher vers l'ouest, glissent vers le Nord en direction de Bailleul et Hazebrouck, les 5 et 6.

Le 6, vers 16 heures, notre 6è Division de cavalerie (en abréviation D.C.), du Général Réquichot, qui achève son débarquement dans la région d'Aire-sur-la-Lys, reçoit l'ordre de pousser ses découvertes vers Hazebrouck, Flètre et Bailleul, et de faire tenir les passages de la Lys de Saint-Venant à Estaires, - avec son P .C. à Béthune.

Le lendemain la cavalerie allemande est signalée dans la région Caëstre-Merris. Suivant instructions du Général de Maud'huy, commandant la 10è armée, le 2è C.C. doit installer son quartier général à Locon et tenir solidement les passages de la Lys, avec des têtes de pont en rive gauche.
Une forte patrouille de uhlans s'infiltre jusqu'aux abords du cimetière de Merville et s'efforce de recueillir des renseignements sur l'emplacement de nos troupes en interrogeant un habitant (M. Philippe Petitprez).

Ruines de la rue des Capucins
C'est le début de la première bataille des Flandres.
Dans la soirée du 7, le 2è C.C. reçoit l'ordre de se porter en entier dans la région de Merville et de la forêt de Nieppe, pour bloquer l'avance allemande et couvrir les débarquements de l'armée britannique, qui avait retraité de la région de Mons jusqu'au Soissonnais et qu'on voulait maintenant rapprocher de ses bases de Calais et Boulogne.

Les renseignements de la journée du 8 indiquent que seul le 4è C.C. allemand, à trois divisions (dont une bavaroise), opère au nord de la Lys, en deux masses, - une vers le Kemmel, une autre vers Ypres- et semble vouloir amorcer un large débordement vers l'ouest en contournant les monts de Flandre par le Nord.
Notre 6è D.C. dégage le front de Merville en portant son gros vers Borre et ses reconnaissances en direction de Poperinghe et d'Ypres, - tandis que la (commandée par le Général Lallemand du Marais) pousse son gros dès le matin entre Estaires et Neuf-Berquin et ses avant-gardes vers Steenwerk et Merris.
Quant à la 4e D.C. (Général Abonneau), arrivant de Champagne, elle portera le même jour une de ses brigades, une batterie et ses cyclistes au nord de Merville, deux brigades et deux batteries au nord de Saint-Venant.
Le P .C. du 2è C.C. s'installe à Merville. avec en réserve 450 hommes du 60è bataillon de chasseurs et un escadron de marche de cyclistes formé de cavaliers démontés munis de bicyclettes de réquisition.

Il serait trop long et hors de propos de relater ici toutes les péripéties de cette journée du 8 octobre :
Indiquons seulement qu'un fort détachement de la 6è D.C. réussit à occuper Cassel, tandis qu'un escadron de uhlans s'emparait de Bailleul.
La 5è D.C. s'arrête sur le front Sailly-Doulieu, Vieux-Berquin. En soutien derrière elle, la pousse depuis Merville un détachement sur Caudescure, avec mission de tenir la corne nord-est du Bois d'Aval et la rue du Bois.
Dans l'après-midi, deux fortes attaques ennemies sur Vieux-Berquin et Le Doulieu échouent devant nos contre-attaques et les tirs d'écharpe de notre artillerie à cheval.

(Note de l'auteur: Notre cavalerie de cette époque offrait une merveilleuse image d'Épinal par la diversité de ses uniformes. Et que dire de la virtuosité des mises en batterie au galop de nos artilleurs de 75 et de la précision quasi instantanée de leurs premières salves !... Sur tout cela régnait, malgré la fatigue, une franche gaieté, jointe à la meilleure camaraderie: inoubliable souvenir.)

Dans la soirée, une cinquantaine de cyclistes bavarois se glissant le long de la voie ferrée d'Ypres jusque dans la gare d'Hazebrouck, y sèment la confusion, mais un de nos escadrons ne tarde pas à les encercler et ramène plusieurs prisonniers.
A la nuit, le front est jalonné par Bac-Saint-Maur, Estaires, Le Doulieu, Pont Rondin, la rue du Bois, Borre et notre détachement tient toujours Cassel.

Mais la situation s'aggrave le lendemain 9 : toute tentative de progression de nos éléments avancés est stoppée par une offensive générale allemande.
Au début de l'après-midi, la 5è D.C. est bousculée sur tout son front et perd le Trou-Bayard et le Pont du Petit Bois (à 2 km au Nord d'Estaires), mais elle conserve la ferme Maurianne et Sailly-sur-la-Lys, grâce au soutien du 1er C.C. au centre, le Bois d' Aval et Merville sont attaqués en même temps chacun par 6 ou 8 compagnies allemandes: Dragons et Cyclistes de la 4è D.C. sont chassés de la Verte Rue, d'où ils refluent sur Caudescure, et, après quatre heures de combat, du Bois d' Aval, d'où ils se replient sur Saint-Venant. Mais les cuirassiers (dont le ) qui avaient cantonné à la Haute Rue, parviennent à enrayer la progression ennemie dans la clairière centrale de la forêt de Nieppe.
L'attaque allemande est arrêtée "in extremis" aux lisières nord de Merville, où l'effroi de la population est à son comble. (Nombreuses sont les mères de famille qui préparent des cachettes afin de soustraire éventuellement leurs enfants aux atrocités dont l'ennemi s'est, paraît-il (?) rendu coupable en Belgique.).
Il est possible que cet ennemi, par ailleurs a bout de souffle, ait hésité à exploiter ses succès de la journée en raison d'un stratagème des chasseurs à pied qui, survolés plusieurs fois à basse altitude par un avion ennemi ("Taube"), avaient disposé des tuyaux de poêle sur des chariots alignés le long de la Bourre pour simuler une artillerie qui leur faisait cruellement défaut... ?
En fin de journée, la 6è D.C. a évacué Hazebrouck sans que les Allemands s'en aperçoivent et tous nos gros sont repliés au sud de la Lys. Nous ne tenons plus que les passages de celle-ci entre Merville et Estaires, le sud de la forêt de Nieppe et les abords d'Aire et de Saint-Omer. Le quartier général du 2è C.C. est à Lillers.

Pour la journée du 10 octobre, celui-ci reçoit, entre autres missions, celle de couvrir Aire-sur-Ia-Lys jusqu'à ce qu'il y soit relevé par la cavalerie anglaise, et de tenir solidement les passages de la Lys à Saint-Venant et Merville. C'est cette partie de la mission que remplira la 4e D.C., dont les gros sont vers Busnes et qui occupera notamment Merville avec un de ses régiments et un peloton cycliste.
Les Allemands tiennent toujours les abords d'Estaires et de Neuf-Berquin, mais au nord de Merville, ils évacuent la Vierhouck et Arrewage, cependant qu'à l'est d'Hazebrouck ils se replient sur Merris et Méteren.
(II s'agit du C.C. de von der Marwitz qui cherche à déborder par le nord la région de La Bassée, où le C.C. du Général von Richthofen est difficilement contenu par le C.C. Conneau, tandis que, derrière leurs deux C.C. d'importantes colonnes ennemies remontent du sud-est vers le nord-ouest.).

Le 11, le Général de Maud'huy décide que ses deux C.C. prononceront une vigoureuse offensive entre la Lys et le Canal de La Bassée, mais l'ennemi, nous devançant, attaque dès l'aube.
La journée sera critique :
- La 7è D.C. (du ler C.C.) perd les deux Richebourg ;
- Les avant-postes de la 5è D.C. sont rejetés sur la Lawe, mais la division tient bon face à La Fosse et à Vieille-Chapelle ;
- L'avant-garde de la 4è D.C. ne peut déboucher de Pont-Rigneul d'où elle est chassée par un ennemi attaquant. sur Estaires et La Gorgue.
Une contre-attaque reprend un peu de terrain, mais la situation devient si dramatique qu'une brigade de la 6è D.C. reçoit en fin d'après-midi l'ordre de préparer une position de repli vers le Cornet Malo, la lisière est du bois Pacaut et les passages du canal à l'est d'Hingles.
Le soir, les postes de commandement sont : 2è C.C. : Robecq ; 4è D.C. : Saint-Floris ; 5è D.C. : Calonne ; 6è D.C. : Busnes.


Ruines de la rue du Pont de Pierre
Providentiellement, dès le 12 octobre, l'entrée en ligne de l'armée anglaise va permettre de rétablir progressivement une situation bien compromise après cinq jours de durs combats, et surtout éviter à notre chère cité quatre années d'occupation ennemie.
Malheureusement Lille ne pourra être secourue à temps et tombera à 17 heures ce 12 octobre, qui sera encore plein d'incertitudes et d'inquiétantes alternatives.
Nos deux C.C. reçoivent pour mission de couvrir et de faciliter le débouché de l'armée anglaise, laquelle doit se porter sur le front La Bassée-Estaires-Mont des Cats, et ultérieurement Armentières. Le 1er C.C. n'atteint Lestrem que vers midi et renonce à faire passer ses gros au nord de la Lys.
Le Général de Mitry transporte le P,C. de son 2è C.C. .à Merville. La 5è D.C. trouve La Fosse évacuée dans la nuit par les Allemands et la repasse aux Britanniques, dont les avant-gardes atteignent la Lawe vers 9 heures.
La 6è D.C., retardée par le cisaillement des colonnes anglaises, n'arrive à La Vierhouck que vers 9 h 30, mais trouve Neuf-Berquin tenu par l'ennemi et l'attaque en le débordant par le Pont Rondin, qu'elle occupe vers 13 heures.
La progression de la 4è D.C. de Merville sur Estaires est empêchée par la présence des Allemands à Neuf-Berquin.
Finalement, à la tombée de la nuit, la situation autour de Merville est la suivante :
- Le P.C. du 2è C.C. s'est replié sur Saint-Venant, ses avant-postes sont au contact sur la ligne Pont-Rondin, les Robermetz ; Lestrem ;
- La 6è D.C. est au nord de la ligne Robermetz, Les Puresbecques, - avec P.C. à la ferme des Lauriers ;
- La 4è D.C. est au sud, entre Merville et le Cornet Malo, -avec P.C. au Sart ;
- La 5è D.C. est à Saint-Floris et Haverskerque.

Quant aux Britanniques, leur entrée en action souleva quelque émotion chez nos villageois lorsque apparurent, dans le brouillard du matin, les cavaliers de leurs têtes de colonnes, aux uniformes inconnus faisant croire à de nouvelles unités ennemies...
En fin de journée, leur 1èr D.C. tient Vieux-Berquin et la croupe ouest de Merris.

Les 13 et 14, deux corps d'armée anglais, le au nord et le au sud, reliés par nos cavaliers, tentent de progresser vers Armentières et de desserrer l'étau allemand.
Le 14 une reconnaissance de sept dragons français est surprise par un escadron de uhlans et anéantie aux abords du moulin Papegay (à la limite de Neuf-Berquin). Six d'entre eux sont tués et enterrés sommairement sur place ; leurs corps seront ramenés ultérieurement au cimetière de Merville.
Quant au moulin, - qui était depuis 1902 la propriété de M. Thomas, il fut immédiatement pris à partie par notre artillerie pour éviter qu'il ne serve d'observatoire à l'ennemi. Gravement endommagé, il fut définitivement jeté par terre par un ouragan quelques mois plus tard. (Coïncidence !... Six soldats allemands seront tués au même endroit, le 9 avril 1918.).
Le soir, après une nouvelle série de dramatiques alternances, la 6è D.C. occupe Le Doulieu, la la partie sud de Neuf-Berquin, et à 19 h le 54è bataillon de chasseurs à pied pénètre à la baïonnette dans Estaires, puis est forcé de refluer.
Le front s'établit entre Le Doulieu et Bout Delville, les Anglais tenant Pont de Hem.
Les P .C. sont :
4è D.C. : Merville
5è D.C. : Les Puresbecques
6è D.C. : Caudescure.

Ce n'est finalement que le lendemain 15 que la situation sera définitivement sauvée avec le repli général des Allemands, qui évacuent toute la rive nord de la Lys, en se couvrant seulement par des éléments cyclistes.
Vers 7 h 30, la 4è D.C. entre à Estaires, qu'évacue la D.C. bavaroise, et notre 14è dragons franchit la Lys pour occuper Sailly.
Le 15 : De nombreux réfugiés des villages de la ligne du front : Fleurbaix, Erquinghem, Bois-Grenier, arrivent dans notre cité, dans le plus grand dénuement, et il faut s'occuper de les loger.

Le 16 : Ont lieu les funérailles d'une quinzaine de blessés français décédés à l'ambulance, - dont le lieutenant de dragons Henri Dupont-Delporte, du 9è régiment.
Dès le 16, nos cavaliers, dont la mission est terminée et à qui le Maréchal French envoie ses remerciements, se regroupent pour de nouvelles tâches et font mouvement sur Ypres et Poperinghe.
Et, le front va se stabiliser, pour près de quatre ans, à une douzaine de kilomètres à l'est, dans la région Aubers-Fauquissart-Neuve-Chapelle.

(Note de l'auteur : Nous mentionnons ici un événement mineur mais qui eut pu être tragique pour l'intéressé, lequel nous le relata moins d'une heure plus tard, - dans l'après-midi du 7 octobre (?) - : Une reconnaissance d'une dizaine de dragons allemands fit irruption au cabaret-épicerie,de la Haute Rue où se trouvaient quelques clients, - femmes ou enfants- et un vieillard chenu nommé J.B. Calonne, notre voisin. Les Allemands firent sortir tout ce monde, l'alignèrent le dos au mur et voulurent se faire expliquer où se trouvaient les cavaliers français. Personne n'en savait rien et le bon vieillard, terrorisé, ne put articuler un mot... Furieux, le lieutenant allemand finit par rentrer son revolver, ôta son casque et frappa le père Calonne d'un coup de celui-ci sur la poitrine. Puis, s'étant fait servir à boire, la patrouille repartit au grand trot vers l'Épinette.)

Il faut rendre cet hommage à nos concitoyens que, - une fois le premier émoi passé - il n'y eut plus trace d'affolement : chacun s'évertua à aider nos militaires et à organiser les secours, à défaut de formation sanitaire locale.
Les dames de la ville transformèrent en hôpital de fortune les locaux d'une société de gymnastique, grâce à des dons et à des concours bénévoles. 28 lits furent équipés et plus de 200 blessés, tant français qu'anglais, soignés sur place. Par ailleurs, l'Hospice de vieillards, recueillit 150 blessés et son personnel ensevelit les morts.
Récompense bien méritée : une citation du Général Conneau, commandant le 1er corps de cavalerie, fit attribuer plus tard la croix de guerre au Docteur Rousseau, à la soeur Saint-Florimond, supérieure de l'Hospice et à Madame Vanbergue, femme de l'ancien maire.

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