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SORCIERES EN NORD
   
 
Les anciennes régions de Flandre, du Hainaut et de la Picardie ont connu la même vague de sorcellerie que les autres régions de France du XIVème au XVIIème siècle. Sans atteindre les sommets qu'on a pu voir ailleurs, on peut trouver dans nos archives la trace de plus de 500 procès, dont 274 en Flandre et Hainaut depuis 1500. Et plus on avance dans le temps, plus la fréquence de ces procès se rapproche, comme si l'onde de choc, issue du pouvoir central, s'était propagée jusqu'aux ultimes frontières du royaume pour venir y mourir à la fin du XVIIème siècle. La région connaîtra 19 procès entre 1670 et 1680, dont 9 pour la seule année 1679. Parmi ces neuf procès, 6 auront lieu dans la seule commune de Bouvignies.

A l'origine de ce phénomène, on trouve la misère et surtout la peur. Les peurs. Peur de la maladie (peste et épidémie sévissent), peur de la guerre (le Hainaut ne sera français qu'à la fin du XVIIè et restera longtemps le théatre d'affrontements), peur de la mort. Presque naturellement, le bouc émissaire est tout trouvé : il s'agit de la femme seule, misérable, souvent laide. Tout l'art des inquisiteurs consiste à la convaincre, par un jeu des questions clairement codifiées, de son hérésie, de sa culpabilité, de sa responsabilité des malheurs des autres.

 
Localisation

La carte ci-contre montre la localisation des procès de sorcellerie dans le Nord au XVIème et XVIIème siècle. On dit que ces contrées boisées, marécageuses et isolées étaient propices à l'apparition des sorciers et sorcières. Mais d'autres prétendent que les vieilles croyances payennes ancrées dans les mémoires des paysans de ces régions ont ressurgies, et il faut bien reconnaître que le nombre de procès pour sorcellerie est inversement proportionnel à la densité de la population. Le sorcier (ou plutôt la sorcière puisqu'il s'agit de femmes à 80%) est provincial, voire même villageois.
 


Fanatisme

La chasse aux sorcières est une sorte de lutte des classes. D'un côté une population rurale, souvent ignorante, parfois misérable ou à la limite de la pauvreté et qui a encore dans la mémoire, les croyances paiennes anciennes ; de l'autre le pouvoir, notamment ecclésiastique, qui pense détenir la vérité. La lutte était inégale, et les malheureux accusés de sorcellerie, ou même simplement malades mentaux (donc assimilés à des hérétiques) partaient souvent perdants. Les procès inquisitoriaux n'étaient que des fac-similés de justice. Lorsque la future victime était trouvée (dénoncée par quelque voisin jaloux ou ayant eu le malheur de perdre une bête à cause de la maladie), les inquisateurs n'avaient plus qu'à en obtenir, à l'aide d'un questionnaire standardisé, les aveux, aidés en cela par la torture. Bien souvent, les témoins se contentaient de mentionner leurs animaux ou une personne de la famille atteint de maladie, ce qui n'aurait jamais suffit à faire accuser quelqu'un de sorcellerie. L'objet du questionnaire était donc d'obliger l'accusé à répondre dans le sens des accusateurs. Ce faisant il se condamnait lui-même au bûcher. Plus sidérante est l'attitude des hommes de fief qui devaient juger ces affaires : à peine moins ignorants que leurs voisins du village, ils n'hésitaient pas à faire appel aux cours supérieures qui s'empressaient de les "guider" dans les questions à poser, et en profitaient au passage pour se faire rétribuer pour ce service. Ceci avait d'ailleurs pour effet d'augmenter les impôts du village, tout en étant une affaire très rémunératrice pour les juges experts.

 

Tortures

Je n'aurais pas assez de place ici pour faire une énumération complète des procédés employés pour obtenir les aveux. L'imagination de l'homme n'a pas de limite...
Passons rapidement sur quelques spécialités régionnales : huile bouillante déversée sur les pieds (Autun) ou dans les oreilles (Rouen), accusé suspendu par les pieds et descendu dans l'huile bouillante (Beauvais), écrasement des doigts dans une machine en fer (Caen)...

Plus connue est la question par l'eau, qui consistait à faire ingurgiter plusieurs litres d'eau de force, ce qui provoquait des souffrances atroces.
Pour la question des brodequins, on liait les jambes de l'accusé en mettant entre elles des planches. On enfonçait ensuite des coins de bois entre ces planches. L'estrapade consistait à écarteler le supplicié en tirant sur les quatres membres.
On imagine aisément quel pouvait être l'état physique et moral des accusés, et la faciilité qu'on avait à obtenir d'eux les aveux que l'on attendait.


La question par l'eau
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