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SORCIERES EN NORD
   
 

Jeanne Delecluse, sorcière à Merville

Dans le procès intenté à Jeanne Delecluse, femme de Nicolas Fourmantel, tous deux de Merville et qui dura, avec interrogatoires contradictoires et plusieurs applications de la torture, du 27 décembre 1658 au 26 février 1659, on trouve juxtaposés très nettement les deux points de vue. Selon le premier, d'ordre laïque, Jeanne est accusée par ses voisins d'avoir fait des maléfices; mais ces témoignages parurent peu probants et on l'acquitta de ce chef ; selon le second, elle renia le baptême, profana l'hostie, assista au banquet des sorcières, eut commerce charnel avec un ou plusieurs diables, reçut leur marque, etc. et de ce chef fut décapitée puis brûlée et ses biens furent confisqués. La procédure montre bien l'hésitation des juges, mais leur inaptitude à résister au courant d'idées imposé par les inquisiteurs. Il s'agissait de faire avouer sur le deuxième chef seulement; et ce n'est que pour lui, non pour un aveu de maléfices, qu'on appliqua la question. Les réponses dangereuses étaient imposées par la forme même des demandes. Dans cette section de la procédure on ne trouve par suite aucun détail régional, ni spécifiquement folklorique.

Mais l'autre partie vaut la peine d'être citée au moins partiellement.

 

Jeanne Delecluse était accusée :

1° D'avoir éveillé un jeune homme en le frappant sur l'épaule gauche, disant qu'il lui fallait le sac de blé sur lequel il était couché ; le jeune homme se sentit aussitôt mal à l'aise, déclara qu'il était maléficié, et mourut peu après ;

2° D'avoir maléficié la femme du cordonnier qui prenait mesure d'une paire de souliers à l'accusée en lui faisant avoir mal au bras ; la femme du cordonnier n'a pu en être guérie que par des exorcismes fréquents et assidus pour avoir pris cette mesure au lieu de son mari ;

3° D'avoir fait mourir un coq qu'on n'avait pas voulu lui vendre ; puis le chien de la cour devenu malade et est mort à son tour, puis la déposante s'apercevant que ses poules étaient accidentées du même mal et s'imaginant que c'était par le sortilège, a employé l'assistance des pères capucins pour faire exorciser ses poules et poulets, comme aussi le reste de ses bestiaux, voire même les étables, chambres et autres édifices de la maison ; ensuite de quoi "lesdits poulets ont été guéris et on ne s'est plus de rien aperçu." ( (1), pages 515-516). Mais dans l'intervalle un poulain était mort ( (1), page 513)

4° D'avoir, ayant trouvé des bêtes venimeuses dans les entrailles d'une de ses propres vaches, laissé son chien les manger au lieu de les porter à exorciser par les pères capucins comme elle avait dit qu'elle ferait. L'un des témoins déclare avoir "vu ces bêtes déjà déposées dans un pot : une avait la forme d'un crapaud, une autre la forme d'une couleuvre avec deux têtes et la troisième avait le groin d'un cochon" ( (1), page 517). Le déposant avait offert de brûler ces bêtes dans son jardin ; mais l'accusée avait dit que dans ce cas toutes leurs autres vaches viendraient à mourir, et qu'il valait mieux les porter aux capucins.

5° D'avoir maléficié une voisine qui était venue lui acheter de la crème bouillie et, l'ayant mangée, se serait sentie atteinte de maux d'estomac et de ventre "qui auraient continué jusqu'à ce qu'ayant été avertie que le meilleur moyen de se guérir des maladies des sorcières était de prendre deux fois de leurs objets", lui a acheté de nouveau de la crème bouillie ; et cette fois après l'avoir mangée, elle aurait été guérie.


Merville au XVIIème siècle
 

Ce procédé de guérison par redoublement paraît assez rare, du moins je ne le vois pas signalé ailleurs dans le Nord. La transmission du mal par contact est bien visible dans les deux premières accusations ; on remarquera aussi la puissance contraire attribuée aux capucins, croyance assez répandue dans toute la France et en Belgique ; et enfin que Jeanne Delecluse semble avoir cru elle-même à la sorcellerie au moins autant que ses voisins. La procédure ajoute que déjà sa mère avait maléficié et fait mourir une vache. Mais sur tous les points de sorcellerie, l'accusée persista dans ses dénégations, même après une première question préalable. C'est sur le reste seulement (hérésie) qu'on réussit à la faire avouer. Les juges de Béthune confirmèrent l'arrêt des échevins de Merville.

Dans les détails de ce procès il y en a un qui n'est intelligible que si on se rappelle la croyance très répandue au moyen âge que certaines maladies, et principalement la rage, étaient dues à l'existence dans l'estomac ou les intestins d'un animal, de vers ou de serpents.

Christiaene et Michel LOOSEN - La sorcellerie et la justice, Foyer culturel de l'Houtland, 1991

(1). Louis De Baecker : De la religion au nord de la France avant le christiannisme

 

Un procès de sorcellerie

C'est d'abord un étonnant procès de sorcellerie, - dont le compte rendu figure in extenso dans le Bulletin des Archives historiques du Nord de la France (Tome IV. 1834). Engagé contre Jeanne Delécluse, épouse Dufourmantel en décembre 1658, il amena l'exécution de celle-ci sur la grand-place de Merville le 26 février suivant.
Il est impossible de rapporter ici tous les détails de cette affaire où l'odieux le dispute à la sottise.
Retenons seulement que la malheureuse ayant reconnu, - entre autres aveux arrachés par la torture - avoir participé à des assemblées de sorcières, ou sabbats, au Cornet Malot, fut condamnée à être étranglée, brûlée et son corps jeté à la voirie, ses biens confisqués.

Au cours des débats avaient été mentionnée Marie-Marguerite Camberlin, faisant partie de la même bande de sorcières et précédemment exécutée.

Le procès avait été mené en présence du Bailli de Merville, Jean Floront, et des échevins Michel de Froom, Nicolas Carpentier, Simon-Antoine Lecomte, Schouteten, et Deneupeter ; le procureur était J .-B. Desmaretz, et son sergent, Germain Dubois.
Il faut remarquer cependant que nos magistrats municipaux (peut-être pour se couvrir dans une affaire aussi délicate et peu courante) s'étaient assuré le concours d'un juge expert (Jean Heren) appelé de Lille, et avaient soumis par deux fois leur procédure à l'avis des juges de Béthune...

(Note de l'auteur: On se rappellera que nos villageois sont restés très longtemps perméables aux histoires de revenants et de sorcières: vers 1914, on citait couramment le nom de deux femmes réputées comme telles: Marie Groette et Marie Trapapestrape...)

Général L.D. Bézégher - Histoire de Merville, Comité d'édition de l'histoire de Merville, 1976

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